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Lettre de Jean-François Chazerans à Marc Sautet du 13 novembre 1995

Publié le samedi 29 décembre 2007.


Cher Marc,

Comme convenu lors de notre entrevue du vendredi 10 novembre 1995 je suis allé hier me rendre compte de ce qu’est ce Cabaret Philosophique qui vient d’ouvrir sur Poitiers.

Ton impression préalable ainsi que celle de Lionel Levesque étaient assez négatives car le sujet était donné d’avance et, pour Lionel Levesque, cela ressemblait plus à un salon littéraire qu’à un Café Philosophique. Pour ma part je trouvais qu’il se situait dans un lieu trop proche de la faculté de philosophie...

Ces mauvaises impressions préalables ont été corroborées sur place car :
1°) il ne s’agit pas vraiment de ce qu’on appelle un café, c’est vraiment un cabaret genre piano-bar qui n’est ouvert que dans la soirée.
2°) il ne s’agissait pas d’un débat philosophique type le café des Phares mais plutôt d’un genre de conférence-débat car un "spécialiste" membre de la cour des comptes était invité.
3°) c’était payant ! une contribution était demandée à l’entrée pour participer aux frais de déplacement du "spécialiste".

Les conditions ne sont pas très favorables pour approfondir de ce côté-ci. La seule chose positive c’est qu’il y avait 30 ou 40 personnes. Je vais quand même attendre le prochain débat avant de me faire un avis définitif. Mais je commence quand même à chercher un café central qui serait adéquat avec un patron sympa.

En ce qui concerne la création d’un vrai café philosophique, l’entrevue que nous avons eue vendredi, m’a fait apparaître quelques divergences secondaires - sur la forme et non sur le fond -, entre ce que je projetais et ce que tu souhaitais. Je dois t’en entretenir car je ne sais plus quoi penser.

A l’origine je projetais de lancer le débat dans un café avec quelques amis choisis en fonction de leur marginalité ou de leur non-appartenance à l’institution philosophique locale, et je pensais tabler sur le bouche à oreille, sans faire de tapage médiatique, pour que ce débat fasse déplacer des "inconnus" intéressés et prenne de l’ampleur. Je pensais que la presse devait plutôt avoir vent de la chose. C’était, pour moi, un gage de "qualité". Lorsque le débat aurait pris son "rythme de croisière", que la presse en ait parlé ou pas parlé, je t’aurais prévenu, et tu serais venu avaliser l’existence d’un café philosophique sur Poitiers.

Ce qui m’est apparu vendredi c’est que le fait que tu me contactes a fait apparaître la possibilité d’une autre façon de procéder. Je trouve un café, je détermine un jour de débat, je t’invite, je convoque la presse (tapage médiatique, invitation du père fondateur Marc Sautet !) et l’existence d’un café philosophique sur Poitiers est fondée. Cela, peut-être, me mènera plus rapidement au même résultat que la première façon de procéder... ou alors mènerait rapidement à un autre résultat. Ce qu’il y avait, je crois, de particulier dans ta démarche c’est que le débat du café des Phares ne s’est pas constitué d’un seul coup, il a fallu passer par des étapes. Mais cette démarche est-elle nécessaire ? Ne faut-il pas que je profite de l’élan de ton expérience pour arriver plus rapidement au même résultat ?

Je ne sais pas quoi penser. Les deux façons de procéder ont leurs avantages et leurs inconvénients. Peux-tu me dire ce que tu en penses et comment ça se passe ailleurs ?


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